Enseignements | Comptes rendus des enseignements 2001-2013

Textiles et sociétés

Sophie Desrosiers, maître de conférences EHESS

2004-2005 : Histoire et anthropologie des textiles

Le séminaire de cette année a suivi comme fil directeur la question complexe des classifications textiles. Nous avons tout d’abord fait un examen critique des trois principales terminologies descriptives établies dans le courant du XXe siècle par les chercheurs pour fixer un langage commun : classification des techniques textiles plutôt adaptée aux travaux des ethnologues (A. Seiler-Baldinger, Textiles. A classification of techniques, Washington DC, 1994), classification des croisures textiles correspondant davantage à l’observation des étoffes, en particulier d’origine archéologique (I. Emery, The Primary structures of fabrics, Washington DC, 1966), et vocabulaire français du CIETA (1973) issu de celui employé à Lyon dans l’industrie de la soie. Nous avons ensuite mis en évidence les classifications plus ou moins explicites ressortant d’une part de l’analyse de la terminologie historique et/ou des catégories indigènes, d’autre part de l’examen des textiles existants, qu’il s’agisse de tissus des Andes dont des témoins ont été conservés sur plus de cinq millénaires, des soieries médiévales, ou des soieries lyonnaises du XVIIIe au XXe siècle.

La confrontation de ces trois types de « classifications » – descriptives, issues des catégories historiques/indigènes, induites par l’examen du matériel existant – a mis en évidence la diversité des modes de structuration d’une même tradition textile et à plus forte raison de traditions textiles distinctes. Ceci montre les limites des systèmes descriptifs dont on ne peut évidemment pas se passer mais qu’il faut apprendre à utiliser avec une certaine liberté.

En complément à cet enseignement très axé sur les questions de méthodes et de critiques des méthodes, notre collègue de l’université de Pise, Claudio Zanier, a abordé le problème des limites que chacun s’impose pour le dépouillement des sources lors d’une séance intitulée « La richesse des “parcours imprévus” dans la recherche historique – le cas des soieries et de leurs couleurs dans la médecine prémoderne ».

Les trois sessions sur l’» archéologie des textiles et des vêtements » organisées en collaboration avec Lise Bender Jørgensen, de l’Université de Trondheim et Antoinette Rast-Eicher d’Archeotex (Suisse) dans le cadre du congrès de l’Association européenne des archéologues (Lyon, septembre 2004) ont permis de confronter les résultats de travaux portant sur de nouvelles approches, ou de nouveaux corpus découverts entre le Vietnam et l’Espagne en passant par le Caucase, la Hongrie et de nombreux autres pays d’Europe. Ma communication portait sur « Textiles et archéologie funéraire : quelques exemples gallo-romains et médiévaux en France ». Ont suivi trois autres réunions pendant l’automne :

  • symposium organisé au Metropolitan Museum of Art en octobre à l’occasion de l’ouverture de l’exposition « The Colonial Andes. Tapestries and silverwork, 1530- 1830 ». Titre de ma communication : « Textiles in the Andes : technique, design, and culture »
     
  • journées d’étude de l’association des conservateurs des antiquités et objets d’art de France à Saint-Flour (octobre) « Fortune de l’objet roman ». Communication : « Soieries de la période romane : lieux de production et difficultés d’attribution »
     
  • « III Jornadas internacionales sobre precolombinos » (novembre-décembre) à Barcelone. Communication « Especificidad de las tecnicas de tejer andinas y su impacto sobre una terminología descriptiva ».

En mai 2005, P. Dal Pra a présenté au IXe NESAT (North European Symposium on archaeological textiles) à Braunwald (canton de Zurich), une communication préparée avec elle et I. Bédat, et intitulée « Liturgical vestments from graves in French Churches ».

Publication

  • Two Gallo-Roman graves recently found in Naintré (Vienne, France). In Pritchard, F. et Wild, J. P. (éds). Northern Archaeological textiles. NESAT VII textile symposium in Edinburgh, 5th-7th May 1999. Oxford : Oxbow Books, 2005, p. 5-11. En collaboration avec Isabelle Bédat, C. Moulherat et C. Relier.

 

2005-2006 : Les objets comme sources : les textiles. Études de cas

Le séminaire a porté cette année sur la capacité des textiles à constituer une source riche d’informations. Objets transversaux, dépassant les limites imposées par les disciplines, les textiles rendent compte, par exemple, des rapports d’une société avec son environnement, ou bien de ses échanges éventuels avec d’autres sociétés. Par ailleurs, le repérage des savoir-faire qui sous-tendent la production de certaines étoffes permet quelques fois de suivre le déplacement de tisserands sur de longues distances, ou bien d’identifier des transferts de techniques par imitation, ou encore de mettre en évidence l’emploi de logiques communes avec d’autres secteurs de la vie sociale. Le séminaire a insisté sur la diversité des approches possibles et sur les méthodes qu’elles impliquent. Les exemples ont été pris principalement parmi les textiles des Andes, les soieries médiévales, et les tissus de l’âge du fer en Chine du Nord-Ouest (Xinjiang).

2006-2007 : Les objets comme source : les textiles. Études de cas

Le séminaire montrait à la fois une continuité avec les années précédentes lorsque nous avons examiné les modalités de transferts de techniques entre Orient et Occident, et une nouvelle orientation par la mise en perspective de recherches en cours par des collègues de diverses disciplines sur des aires géographiques et à des périodes chronologiques très variées.

Les différences entre les soieries importées de Chine et celles produites à la fin de l’Antiquité et pendant le haut Moyen Âge au Moyen-Orient permettent de comprendre les mécanismes d’imitation et de création à l’œuvre lorsque le transfert de technique a pour support des artefacts dépourvus de toute information sur les outils et les savoir-faire qui ont permis leur production. Un phénomène similaire d’invention à partir d’une imitation s’est également produit au XIe siècle avec les fameux samits incisés dont les décors monochromes presque invisibles ont été transformés par la mise au point de la technique du lampas. Cette invention s’est très rapidement diffusée vers l’Occident et a joué un rôle fondamental pour les débuts du tissage de la soie en Italie du nord au XIIIe siècle. Ce second développement a fait l’objet d’une intervention au XVIe colloque international d’art roman d’Issoire La couleur dans les arts précieux à l’époque romane (octobre 2006).

Par ailleurs, trois archéologues – Catherine Bréniquet (Université Bordeaux III), Maxence Bailly (Université de Provence), et Corinne Debaine-Francfort (CNRS/MAE Nanterre) – nous ont montré de quelle façon on pouvait aborder le champ du textile dans des régions où le matériel organique s’est mal conservé (Mésopotamie ancienne et Europe occidentale à la fin du néolithique) ou, au contraire, a été retrouvé en abondance dans un contexte funéraire très riche (momies du désert du Taklamakan, seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C., Xinjiang, Chine). Dans le premier cas, de nouvelles lectures de l’iconographie de la glyptique protodynastique ou bien de l’art rupestre et des décors céramiques tendent à souligner l’importance économique et sociale, et très probablement rituelle, de certaines productions textiles. Parallèlement, ces recherches démontrent que la rareté des témoins d’une activité ne présume en rien de la banalité de celle-ci. Dans le second cas, la découverte de momies habillées en très bon état de conservation apporte de nombreux détails sur le vêtement, la qualité des étoffes employées et leurs décors, les différences de genre et de statut social, les rituels funéraires et d’une certaine façon la mode locale.

Enfin, deux ethnologues – Ingrid Hall (doctorante à Paris-X) et Rosalia Martinez (ethnomusicologue, Paris-X) – ont dévoilé la richesse des matériaux collectés au Pérou et en Bolivie sur l’agriculture et la musique, et les connexions qu’elles ont pu établir entre ces deux domaines et celui de la production textile. Les analogies nombreuses sur lesquelles nous avons déjà insisté par ailleurs entre textiles et sociétés andines ont trouvé ici des extensions, d’une part dans les labours creusant des sillons comme les fils d’un métier à tisser et, d’autre part dans l’esthétique musicale dont les caractéristiques se retrouvent dans l’esthétique textile de deux communautés indigènes géographiquement proches mais ici opposées. Le thème des analogies entre la production textile et d’autres activités dans la zone andine a été repris lors d’une table ronde organisée avec Ingrid Hall et François Sigaut sur « L’exemplarité des techniques américaines » en mai 2007 à la Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie. Cette réunion a donné lieu à des échanges particulièrement intéressants avec des collègues travaillant dans d’autres régions et/ou dans le cadre d’autres disciplines.

Publication

  • Vêtements liturgiques et textiles découverts dans six tombes du narthex. In Lorans, Élisabeth (dir.). Saint-Mexme de Chinon Ve-XXe siècle. Paris : CTHS, 2006. (Archéologie et histoire de l'art ; 22), p. 352-391. En collaboration avec Isabelle Bedat.

2007-2008 : Les objets comme source : les textiles. Études de cas

L’étude du textile traverse les continents et les disciplines, et imprègne de nombreuses activités de la vie quotidienne depuis ses aspects les plus matériels jusqu’aux plus idéels. C’est ce qu’a clairement montré le séminaire grâce aux interventions de plusieurs collègues et d’un doctorant. Ce dernier, Éric Vandendriesche (REHSEIS), a présenté à travers l’étude des jeux de ficelles dans les îles Trobriand les abstractions à l’œuvre dans ces constructions de fils éphémères qui ne valent que pour le plaisir de faire, et parfois de dire. Myriam Dao, architecte et photographe, a souligné les analogies remarquables entre les broderies des vêtements des Hani du fleuve Rouge au Yunnan et l’organisation des rizières. Tandis que Catherine Choron-Baix (CNRS-LAU) montrait comment d’autres broderies, au fil d’or, avaient traversé les changements politiques et sociaux pour renaître aujourd’hui sous diverses formes et dans divers contextes au Laos.

L’Amérique n’était pas oubliée : Dimitri Karadimas (CNRS-LAS) est parti de très loin, géographiquement, pour aboutir encore plus loin, chronologiquement, puisque c’est à travers l’analyse de rituels et de mythes actuels du nord-ouest amazonien qu’il propose une lecture très crédible de l’iconographie apparaissant sur des toiles peintes des Andes précolombiennes. Et c’est à l’occasion d’une visite de l’exposition Paracas, trésors inédits du Pérou ancien au musée du quai Branly où s’est tenue l’une des séances de séminaire, qu’il a pu expliquer comment on pouvait regarder les motifs très complexes des mantos Paracas dans lesquels attributs humains et animaux paraissent entremêlés.

Recours aux observations ethnographiques et aux schémas d’analyse qui en sont extraits pour comprendre comment lire les textiles précolombiens des Andes, c’est la même méthode que j’utilise dans le champ de l’histoire des techniques et de leur impact sur le graphisme et donc les décors tissés. Sur une grande échelle de temps (plusieurs siècles) et d’espace (tout le Pérou et la Bolivie), il devient alors possible de retracer des influences-imitations et d’appuyer et préciser des hypothèses élaborées par les archéologues à partir du matériel non organique qui leur est plus familier. Ces influences-imitations ne sont pas seulement valables à l’intérieur du domaine des textiles mais aussi entre les textiles et un autre domaine à première vue lointain qui est celui de la construction de murs.

Toujours dans les Andes, Patrice Lecoq (Paris-I) a repéré des murs incas dont la construction imite celle de textiles au point de produire des décors interprétables comme des broderies ou des motifs tissés. Mais nous avons déjà vu l’année dernière que les analogies étaient très courantes dans les Andes.

Autre lieu, autre époque, les métiers à tisser de l’Orient ancien posent des problèmes d’identification difficiles à Catherine Bréniquet (Bordeaux-III) à cause de la rareté des sources qui la poussent une fois de plus à des incursions vers des périodes plus récentes, voire très récentes, pour tenter d’en sortir. Les textiles ont par contre été conservés dans l’oasis égyptienne de Kharga (500 av.-500 ap. notre ère) mais leur étude ne peut être satisfaisante, d’après Fleur Letellier-Willemin, que si elle est inscrite dans le cadre de leur découverte et se trouve donc réalisée sur le terrain de fouille. À une période plus récente, dans le Yémen médiéval, la surabondance de termes textiles trouvés par Éric Vallet (Paris-I) dans des documents de douane ne peut être confrontée qu’à un nombre très limité d’objets conservés et le pousse donc, ici aussi, à chercher quelques lumières dans l’ethnographie.

J’ai terminé l’année avec des considérations sur les rapports entre textes et textiles, et les problèmes immenses que pose, pas seulement au Yémen, la surabondance des termes employés pour désigner des objets qui sont effectivement d’une très grande diversité.

2008-2009 : Les textiles comme source. Études de cas

Contrairement à l’année précédente, le séminaire 2008-2009 a eu un programme resserré sur les textiles d’une même aire géographique : les Andes. Il s’agissait de faire dialoguer l’ethnologie avec l’archéologie en montrant comment l’étude des productions textiles actuelles des hautes terres de Bolivie pouvait permettre de comprendre d’une part les conditions de création de textiles archéologiques trouvés sur la côte centrale et sud du Pérou depuis le Ier millénaire avant J.-C., et d’autre part les échanges entre régions, en particulier entre la côte et les hautes terres sur une très longue période.

Après une présentation des productions textiles récentes de plusieurs communautés des départements de Potosi, Cochabamba, et Chuquisaca en Bolivie, ont été mis en évidence un certain nombre de traits importants concernant la division du travail textile entre hommes et femmes, et les différences locales entre les productions réalisées à l’aide d’un métier d’origine préhispanique et celles mettant en jeu le métier à marches importé d’Europe. Elles ont aussi montré comment dans chaque groupe ethnique les façons d’organiser les fils de couleurs différentes pour obtenir des motifs avaient des conséquences sur les formes de ces motifs et sur la qualité des surfaces tissées. Or quelques-unes de ces caractéristiques, qui se retrouvent dans des pièces très anciennes conservées grâce aux conditions climatiques désertiques de la côte sud du Pérou, montrent, d’une part, qu’il y eut alors des échanges avec les hautes terres et, d’autre part, que ces échanges ont influencé les productions textiles côtières. L’archéologie expérimentale a alors été sollicitée pour tenter de reconstruire, à l’aide des techniques de tissage actuelles, les pièces qui ont pu servir de modèles aux artistes textiles de la fin de l’Horizon Ancien (derniers siècles du Ier millénaire avant J.C.). En mai, Ana Roquero, collaboratrice de l’Instituto del Patrimonio Cultural Español (IPCE, Madrid), était invitée à l’École pour nous parler d’un autre aspect du dialogue entre ethnologie et archéologie à travers les pratiques de teinture : « American pre-Columbian fabrics through their dyestuffs ».

Certains aspects de notre recherche sur les textiles des Andes ont été présentés au symposium de la Textile Society of America en septembre 2008 à Hawaï (cf. publications). Des thèmes plus divers ont été abordés dans d’autres réunions : « Sépultures habillées. L’expérience d’une historienne des textiles : Naintré, Chinon et tant d’autres » (Groupe d’anthropologie et d’archéologie Funéraire [GAAF] : Rencontre autour des sépultures habillées, Carry Le Rouet, 13-14 novembre 2008) ; « Textiles represented in the Dame à la Licorne tapestries and some other late 15th century hangings in the Cluny Museum, Paris » (12th biannual conference of the Early Textiles Study Group : Textiles in Art : from the Bronze Age to the Renaissance, Londres, 5th-6th December 2008) ; « Textile terminologies and textile classifications. Some methodological aspects » (European Science Foundation exploratory workshop : Textile terminologies in the Ancient Near East and the Mediterranean basin during the 3rd and 2nd millenium B.C., Copenhague, Center for Textile Research, 4-8 mars 2009) ; Commentaires depuis les Andes (Journée d’étude « Symbolisme et rituel dans les textiles mésoaméricains », EPHE – D. Dehouve, A. Hémond, M. Turok- Paris, musée du quai Branly, 20 et 22 mai 2009).

2009-2010 : Les objets comme source : textiles, cuir et autres. Études de cas

Le cycle de conférences présentées par Hero Granger-Taylor sur le thème « Textiles et vêtements grecs et romains – principes et usages » a été une excellente introduction au séminaire et une démonstration magistrale de la méthode à suivre pour faire dialoguer les différentes sources disponibles et reconstituer des fragments de l’histoire des textiles et vêtements grecs et romains. Aucun détail n’est anodin. Un petit motif placé au bon endroit ou seulement quelques lignes en succession sur les côtés d’un vêtement permettent parfois de faire le lien entre des restes archéologiques et des œuvres peintes ou sculptées. On peut penser que ces détails - qui figurent souvent en bonne place sur les représentations - ont constitué pour les contemporains des signes clairs pour comprendre la position sociale, voire identifier les personnages représentés. Au-delà de leur prise en compte pour des raisons pratiques, l’étude de ces signes est aujourd’hui devenue indispensable.

La suite du séminaire a porté exclusivement sur les textiles et vêtements produits dans les Andes à la fin du ie millénaire avant J.-C. et au début du ie millénaire après J.-C. La démarche était assez différente de la précédente dans la mesure où nous avons essayé de comprendre à partir des textiles Paracas provenant de plusieurs sites de la côte sud du Pérou quels étaient les différents styles et quelles pièces avaient pu être importées des hautes terres voisines. Les premiers résultats de ces comparaisons et réinterprétations ont été publiés.

2010-2011 : Les objets comme source : textiles, cuir et autres. Études de cas

Comme en 2008-2009 et contrairement à l’année précédente, le séminaire 2010-2011 a eu un programme resserré, entièrement consacré aux textiles des Andes et au dialogue entre ethnologie, ethnohistoire, et archéologie.

Nous sommes parties des diverses productions textiles actuelles des hautes terres de Bolivie et, remontant le temps de façon régressive, nous avons vu comment les savoirs textiles indigènes peuvent être analysés en fonction des productions incas et parfois bien plus anciennes. Les pratiques actuelles de tissage de la tapisserie ont été comparées aux pratiques à la fois décrites par les chroniqueurs espagnols et inscrites dans les pièces conservées de la période inca, puis de la période coloniale. Les travaux d’Elena Phipps sur l’histoire de la tapisserie ont fourni un cadre très précis pour suivre l’impact des commandes des Espagnols et de l’arrivée de soie et de soieries d’Asie. Il est clair que les Européens se sont intéressés à la tapisserie parce que ce type de production était déjà développé et très apprécié chez eux. Ils ont eu un comportement très différent face aux autres types d’étoffes tissées dans les hautes terres andines, en particulier ceux qui permettent d’obtenir des décors très structurés avec des motifs souvent épurés parce que construits à partir de rapports mathématiques entre des fils de couleurs différentes. L’histoire de ces savoirs est beaucoup plus compliquée à retracer car les chroniqueurs espagnols ont peu écrit à leur sujet et les chercheurs se sont surtout penchés sur l’analyse des décors et de leur importance dans la définition des identités ethniques. Les savoirs mathématiques qui sous-tendent ces techniques complexes sont en cours d’analyse et devraient être au cœur du séminaire de l’année prochaine. Il semble déjà qu’ils pourraient constituer une approche intéressante pour comprendre les recompositions ethniques qui ont marqué les populations originaires des hautes terres boliviennes depuis plusieurs siècles.

Ces recherches ont bénéficié de la venue à Paris de Denise Arnold et d’Elvira Espero (Instituto de Lengua y Cultura Aymara, La Paz et Birkbeck, Université de Londres) et d’Ann P. Rowe (research associate au Textile Museum de Washington DC) invitées à l’École entre avril et mai. Dans une conférence (3 mai) intitulée « Instruments for planning textiles and their colour and design composition : the case of the waraña », les premières ont détaillé le rôle des couleurs et de leur disposition comme élément matérialisé dans un type d’objet (waraña) conservé par les tisserandes et probablement lié à certaines familles. Ce type d’objet a été repéré pour la première fois par Ann Rowe lors de son enquête sur les techniques de tissage et de teinture en Équateur. Cette dernière a abordé plusieurs thèmes importants de l’histoire du textile et du costume dans les Andes (29 avril-20 mai). Deux conférences ont porté sur les textiles pré-hispaniques, l’une sur les traits formels et techniques qui différencient les exemples Ocucaje, Paracas, et Nasca, l’autre sur les éléments rituels présents dans les tapisseries Huari. Les deux autres conférences ont porté sur des questions plus contemporaines : les costumes et les tissus de la région de Cuzco depuis l’arrivée des Européens, et une technique peu développée pendant la période pré-hispanique, l’ikat qui est employé dans diverses régions d’Amérique latine pour décorer des pièces de transition comme les ponchos et les châles. Le séminaire s’est clos avec une intervention de Sheila Hicks, « artiste travaillant à partir des fibres », sur « Les secrets de métier » (10 juin). Fortement marquée par les textiles des Andes, ses miniatures et autres œuvres permettent de retrouver dans une production tout à fait contemporaine une bonne partie de la rigueur et de l’esthétique textile andines.

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