Enseignements | Comptes rendus des enseignements 2001-2013

Histoire et archéologie médiévale

Jean-Michel Poisson, maître de conférences EHESS

2004-2005 : L’habitat rural au Moyen Âge : histoire et archéologie

Le thème des agglomérations rurales a continué à faire l’objet du séminaire, en concentrant l’attention sur le rôle des structures castrales dans l’émergence de pôles de peuplement structurés. Les re c h e rches de G. Fournier en Auvergne ont montré le rôle joué au cours du haut Moyen Âge par les forteresses publiques dans la structuration de l’habitat rural. Dans un contexte de peuplement dispersé, de grandes enceintes installées sur des sites naturels difficiles d’accès offraient un refuge temporaire aux populations rurales en cas de nécessité. Les exemples de Chastel-Marlhac, Pirmil ou Carlat montrent que ces châteaux ont par la suite accueilli à leur contact un habitat permanent, et il est logique de penser que ces villages ont concentré et fixé au contact de la forteresse une population paysanne jusque-là dispersée dans un rayon suff i s a mment re s t reint pour re n d re possible leur «retrait » dans l’enceinte en cas de besoin. Cette situation montre que le re g roupement spontané de populations rurales dans des sites fortifiés s’est manifesté de façon contemporaine, voire antérieure aux processus d’incastellamento d’initiative seigneuriale, réalisés souvent de façon autoritaire.


Pour comparer ces situations, il apparaît nécessaire de réexaminer la question dans des zones où l’incastellamento est le plus nettement attesté : l’Italie. Les dossiers historiques et archéologiques de Caprignano (Sabine) et Capaccio (Campanie) off rent des exemples de la création d’un habitat fortifié sur un site protégé, dès le XIe siècle, sur initiative seigneuriale ou épiscopale. L’installation, dans ces sites nouveaux, de populations villageoises précédemment implantées dans des lieux plus exposés (l’ancienne cité romaine de Paestum pour Capaccio) semble résulter sinon d’une contrainte, en tout cas d’une initiative collective fortement encouragée par le pouvoir local. Cependant, il faut reconnaître que si l’enquête archéologique atteste une certaine concomitance entre abandons d’anciens habitats et créations de castra, elle n’est guère armée pour préciser davantage les caractères du processus.


D’autres types précoces d’agglomérations rurales fortifiées ont été examinés pour tenter d’avoir une vision diversifiée du phénomène. Ce sont d’abord les enceintes fossoyées, encore appelées « petites enceintes » pour les distinguer des sites-refuges installés sur de vastes reliefs naturels. Le plus souvent réalisés avec des moyens modestes – bâtiments de bois protégés par un fossé et un rempart de terre – ces sites sont difficiles à classer dans la mesure où ils ne sont perceptibles que lorsqu’ils ont été abandonnés précocement et ont donc laissé au sol des empreintes visibles. Les camps vikings peuvent dans une certaine mesure être assimilés à ce type de structures, par leur morphologie (mis à part leurs plans réguliers qui les singularisent) et leur caractère éphémère. Dans de très rares cas en effet on a pu démontrer qu’ils avaient donné lieu à une agglomération durable (Furnes). Un autre type d’habitat qui s’apparente aux catégories précédentes est constitué par les gròds polonais. Apparaissant dès le XIe siècle, ces établissements sont constitués d’une structure castrale accompagnée d’une agglomération villageoise en bois protégée par de puissants remparts de terre et de bois. Ces agglomérations, qui sont souvent le siège d’un important pouvoir local (Gniezno, Opole, etc.) possèdent de nombreux caractères proto-urbains et ont joué un rôle capital dans l’émergence de l’État polonais.


Enfin, on a abordé la question des modalités matérielles de l’implantation des bourgs castraux en relation avec les premiers châteaux. Dans cette catégorie, on a choisi de s’intéresser en premier lieu à la question des mottes castrales. Les recherches archéologiques menées sur plusieurs de ces sites (Le Plessis-Grimoult en Normandie ou Montfélix en Champagne, par exemple) ont permis de se poser la question de l’articulation matérielle entre le château proprement dit et les structures annexes susceptibles d’avoir accueilli, dès les phases les plus anciennes, une agglomération villageoise. Le rôle de la bassecour, qui a fait l’objet d’un des derniers congrès de castellologie médiévale « Château-Gaillard», a ainsi été mis en évidence.

Publications

  • Le château des comtes d’Albon. In Bois, Michèle et Burgard, Chrystèle (dir.). Fortifications et châteaux dans la Drôme. Paris : Creaphis, 2004. (Histoires de patrimoines).
     
  • Châteaux médiévaux en Rhône-Alpes. Grenoble : Conservation du patrimoine de l'Isère-Musée dauphinois, 2004. 102 p. (Patrimoine en Isère).
     
  • Water management in medieval rural economy = [Les usages de l’eau en milieu rural au Moyen Âge]. Prague : Institute of archaeology, Academy of sciences of the Czech Republic, 2005, Pamàtky archeologické, supplementum n° 17. 269 p.
     
  • Association Saint Guignefort (éd.). Saint Guignefort : légende, archéologie, histoire. Châtillon-sur-Chalaronne : Association Saint-Guignefort, 2005. 64 p.  

2005-2006 : L’habitat rural au Moyen Âge

Principaux domaines abordés dans ce séminaire : principes méthodologiques de l’étude des habitats médiévaux :

  • documentation historique et recherche de terrain
     
  • exemples de recherches récentes en France et en Italie
     
  • rôle des pôles civil (château) et religieux (paroisse) dans la constitution et l’évolution des agglomérations rurales aux XIe-XIIIe siècles
     
  • typologie et morphologie des habitats ruraux groupés ou dispersés

 

2006-2007 : L’habitat rural au Moyen Âge : histoire et archéologie

Dans la suite des séminaires des années précédentes, nous avons poursuivi l’examen des formes d’agglomérations villageoises en nous intéressant particulièrement à la période du Moyen Âge central. À partir des XIe et XIIe siècles, se mettent en place en effet des agglomérations rurales ne présentant plus l’aspect embryonnaire des établissements qui caractérisaient la longue période précédente (VIe-Xe siècle). Le processus d’encellulement, désormais fermement engagé, se consolide pour les habitats qui sont parvenus à se maintenir grâce à des conditions favorables. Le rassemblement des hommes (congregatio hominum), encouragé par le pouvoir seigneurial, laïque ou ecclésiastique, s’observe dans une documentation plus abondante et dans de nombreux sites ayant fait l’objet d’enquêtes archéologiques. Autour d’églises paroissiales, à l’intérieur du périmètre protégé du cercle de Paix, ou de châteaux, dans l’espace permettant un « retrait » en cas de besoin, une part importante de la population des campagnes s’installe durablement.


Du point de vue social, la communauté villageoise acquiert une personnalité qui se manifeste dans un certain nombre de contraintes, mais aussi dans une conscience collective et des solidarités qui préfigurent souvent des formes d’organisation que l’octroi de franchises contribue, à partir de la fin du XIIe siècle, à transformer en institutions protocommunales. Du point de vue matériel, les mutations formelles se manifestent d’abord dans la généralisation de l’usage de la pierre, qui était jusqu’alors souvent réservée aux édifices ecclésiaux ou castraux. Elles se traduisent également par l’accroissement notable des agglomérations elles-mêmes, résultat d’un relatif exode rural et surtout d’une expansion démographique bien connue, qui est perceptible dans la forme des parcellaires. Parmi les éléments matériels qui manifestent à la fois les modes d’organisation des communautés villageoises et la structuration des activités agricoles dans un cadre collectif, on a examiné la question des modes de stockage des denrées. À partir de nombreux exemples archéologiques des différents modes de stockage (greniers collectifs, aires d’ensilage, etc.), on a tenté d’apprécier l’importance de l’agglomération rurale comme lieu de l’entrepôt, du prélèvement et de la consommation des productions agricoles.


Deux exposés ont été effectués dans le cadre de ce séminaire. Marie-Christine Bailly-Maître (CNRS) a présenté les résultats de la fouille du village minier de Brandes-en-Oisans (Isère), exemple particulièrement démonstratif d’un habitat de montagne lié à l’exploitation d’une mine d’argent (XIVe siècle). Giovanni Stranieri (doctorant) a présenté les résultats d’une enquête archéologique portant sur l’organisation des espaces et les paysages agraires en Pouilles (Italie) à partir de l’exemple de la seigneurie d’Oria (VIe-XIe siècle).

Publications

  • L’uso dei recipienti ceramici nell’architettura antica e medievale : alcuni esempi in Italia ed altrove. Archeologia dell’architettura, Florence, 2007, X, p. 55-64.
     
  • Introduction. In Bailly-Maître, Marie-Christine et Poisson, Jean-Michel (dir.). Mines et pouvoirs au Moyen Âge : actes de la table-ronde de Lyon, 15 mai 2002. Lyon : Presses universitaires de Lyon, 2007. (Collection d’histoire et archéologie médiévales ; 20), p. 7-19.
     
  • Les ports de la Sardaigne et le commerce méditerranéen au Moyen Âge. In Les ports et la navigation méditerranéenne au Moyen Âge : colloque de Lattes, 12-14 novembre 2004. Montpellier : Direction régionale des Affaires culturelles du Languedoc-Roussillon, 2007, p. 39-51.
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